« À 8 ans, comme un grand »

 

La première fois que j’ai séjourné dans un hôpital je devais avoir 8 ans. C’était à Montréal, à Ste-Justine. Je me faisais opérer pour les oreilles et je devais dormir dans une chambre avec 3 autres enfants.  Je me souviens trop bien quand mes parents s’apprêtaient à quitter la chambre. Ils n’étaient pas encore partis que j’avais le coeur gros. Une nuit avec 3 étrangers et une opération le lendemain matin, disons que je n’étais pas très joyeux.

Pourtant il s’agissait d’une simple opération pour corriger un problème aux oreilles. N’empêche, pour moi, cette expérience qui me coupait pour un moment de mes parents, c’était l’inconnu, l’insécurité.

Mon père, (inquiet de nature) me regardait avec une certaine tristesse qu’il n’arrivait pas à cacher, et ma mère, elle, se devait de trouver les mots pour me faire sentir fort et courageux. Les mots qu’elle a utilisés, allaient me servir d’alliés dans ma solitude. « Tu vas voir ça va bien aller » «Les infirmières sont là » «Tu vas faire ça comme un grand ».

Dans la noirceur de la nuit de cette chambre d’hôpital, ou les lits avec des barrières métalliques et les bips-bips des corridors teintaient l’ambiance d’un froid inquiétant, ce sont les mots de ma maman qui réchauffaient mon être.

Aujourd’hui après plus de vingt-huit ans de bénévolat auprès des enfants malades et leurs familles, à tenter de communiquer l’importance du « réconfort pour les enfants aux prises avec la maladie »  ce souvenir est encore et toujours comme la petite flamme allumée qui rappelle cette insécurité, qui, en une simple, nuit m’a éveillé à jamais.

 

 

Le 27 décembre dernier j’ai renoué avec une salle d’opération à titre de patient. Cette fois, pour une intervention chirurgicale à un genoux. Tout comme la première opération, 47 ans plutôt, tout s’est bien déroulé.

 

Et en plein cœur du temps des fêtes c’est inévitablement aux enfants dans les hôpitaux que je pensais, et c’est cette pensée qui, encore, a ranimé ma petite flamme. Des enfants, en jaquette, de petits êtres déterminés qui ont reçu les mots pour faire face à leur noirceur, quelle qu’elle soit. Des enfants inspirés et aimés, des enfants qui, à leur tour, deviennent des êtres merveilleusement inspirants. Ce n’est donc pas pour rien que ce sont souvent les enfants malades eux-mêmes qui finissent par inspirer leurs parents.    

Les mots que l’on offre comme réconfort peuvent quelquefois sembler futiles, mais c’est tout l’amour et la confiance de celui qui les dictes qui vient leur donner un pouvoir.

Et vous savez quoi, il y a quarante-sept ans, quand mes parents sont venus me retrouver dans ma chambre d’hôpital le lendemain matin après l’opération, ce n’est pas seulement leur enfant de 8 ans qu’ils ont retrouvé, c’est aussi un petit guerrier qui avait vaincu sa peur de la nuit.

 

Bonne année 2019 à tous les enfants malades et leurs familles.

Alain Dumas

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